DALÍ (S.)


DALÍ (S.)
DALÍ (S.)

L’Espagnol Salvador Dalí peut prétendre, après Picasso, au titre de «peintre le plus célèbre du monde». Il n’est pas de semaine où la presse internationale ne lui consacre un ou plusieurs articles. S’identifiant, pour le meilleur et pour le pire, à une certaine image du surréalisme, il a fait entrer celui-ci dans toutes les chaumières. En dépit d’un énorme déchet, son œuvre doit être considérée comme l’une des plus audacieuses et des plus accomplies de toute la peinture surréaliste. Elle en représente en tout cas la tendance la plus «freudienne », les égarements d’Eros y sont peints avec un réalisme qui laisse peu de place aux ambiguïtés du symbole. Mais Dalí parvient par l’originalité de ses thèmes et par l’incongruité de ses rapprochements à transcender ce qu’il pourrait y avoir de morbide et de lassant dans cette exaltation forcenée du désir.

Comment devenir un génie

Fils de notaire, Salvator Dalí est né en 1904, à Figueras, en pays catalan. En 1921, il entre à l’École des beaux-arts de Madrid; il ne tarde pas à s’y faire remarquer et par ses dons et par sa turbulence. Fréquentant assidûment les milieux anarchistes et d’avant-garde, il se lie d’amitié avec Garcia Lorca. En 1928, il effectue son premier voyage à Paris, et prend contact avec le groupe surréaliste. L’année 1929 est décisive: Dalí rencontre Gala, première femme d’Eluard et sa future épouse, s’installe à Paris, expose à la galerie Goemans sous le parrainage de Breton, signe avec Buñuel la réalisation du Chien andalou . De 1930 à 1935, du scandale de L’Âge d’or , le film maudit de Buñuel auquel il collabora, à la publication de La Conquête de l’irrationnel , où il résume ses théories sur le mécanisme associatif des images, Dalí est le fougueux animateur d’un surréalisme en perte de vitesse. Déjà célèbre aux États-Unis, il s’y rend en 1940, avec la ferme intention de monnayer son talent. Cette compromission, bientôt suivie de beaucoup d’autres, entraîne la rupture, définitive, avec Breton (1941). Par la suite, Dalí partage son temps entre New York, Paris et Port-Lligat, sa propriété de Cadaquès.

La «Paranoïa-critique»

Successivement tenté par le futurisme et le cubisme, Dalí n’a vraiment commencé à faire œuvre personnelle qu’à partir de 1927, en particulier avec une toile intitulée Le sang est plus doux que le miel (1927), dont le caractère obsessionnel est indéniable. Le commerce des surréalistes, une connaissance plus approfondie des écrits théoriques du mouvement devaient encourager le peintre à persévérer dans cette voie de la transcription de ses propres hantises, et la richesse inventive qui marque sa production de 1928 à 1935 est le reflet d’une libération intérieure. Mais rien de plus concerté, de plus systématique que cette explosion de lyrisme d’un nouveau genre.

Il y a, au cœur même du projet surréaliste, une exaltation du désir tenu pour l’élément moteur fondamental du psychisme humain. Or, il est de la nature du désir, ou, pour reprendre la terminologie freudienne, du principe du plaisir, d’entrer en conflit, à la fois avec la réalité extérieure – représentée au premier chef par la société et ses interdits – et avec les diverses instances psychiques plus ou moins inconscientes qui sont l’expression intériorisée de ces mêmes interdits. L’origine de la plupart des troubles mentaux est à chercher dans le procès qu’intente sans cesse le principe du plaisir aux manifestations, externes et internes, de la loi. Tout cela, Dalí l’a compris avec une rare pénétration, comme le prouve son intérêt pour la psychopathologie en général, pour la psychose paranoïaque en particulier, cette forme typique de délire systématisé dans laquelle le désir s’exprime avec une violence et une pureté qui défient les tabous sexuels. De cette réflexion sur certains états morbides caractérisés allait naître la fameuse activité paranoïaque critique, «méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l’association interprétative-critique des phénomènes délirants». En d’autres termes, Dalí se propose d’emprunter à la paranoïa sa qualité de message brut de l’inconscient, sa logique du délire, sa cohérence dans l’incohérent, mais il refuse de se laisser enfermer à l’intérieur du système et entend conserver le droit de regard sur les pires aberrations. L’artiste joue sur deux tableaux: simulant la psychose, il libère en lui les grandes forces obscures; mais en les coulant dans le moule de l’expression artistique, il échappe ainsi à leur emprise, et se sauve.

Le monde de Dalí

On retrouve ce mélange de passivité et d’activité dans l’application de la méthode à la technique picturale. Dalí note dans sa Vie secrète : «Toute la journée, assis devant mon chevalet, je fixais ma toile comme un médium pour en voir surgir les éléments de ma propre imagination. Quand les images se situaient très exactement dans le tableau, je les peignais à chaud, immédiatement.» Tous les efforts de l’artiste portent sur l’évocation des images visuelles subjectives et leur disposition dans l’espace pictural. Pour ce qui est de l’acte de peindre, il se ramène à un jeu de décalcomanie. Les recherches d’ordre plastique sont hors de propos. Dalí exige de la peinture qu’elle soit une «photographie à la main et en couleurs». Plus le peintre sera habile à incarner ses fantasmes avec le maximum de «réalisme», plus il aura de chance d’atteindre son but: jeter le trouble dans l’esprit du spectateur.

L’univers de Dalí se présente donc sous les espèces de chromos de l’imaginaire, à la figuration minutieuse, aux couleurs souvent criardes. Contrastant avec l’académisme des procédés picturaux employés, les visions décrites sont parmi les plus audacieuses de la peinture occidentale. Répertoire fort explicite des désirs inavoués, l’œuvre de Dalí a le grand mérite de dresser une topographie du «corps érogène» à laquelle les psychanalystes se réfèrent volontiers. Mais ce serait peu si ne s’en dégageait aussi une étrange poésie, où la peinture, finalement, trouve son compte.

Dalí est le peintre du biologique, du viscéral, voire de la décomposition, bref de tous les avatars de la matière. Ses effets les plus saisissants, il les obtient en intervertissant les propriétés élémentaires des objets familiers, ainsi dans Persistance de la mémoire , 1931 (Museum of Modern Art, New York), où les monstres empruntent à certains comestibles leur plasticité. La métamorphose des formes est aussi sa grande préoccupation et il s’ingénie, dès L’Homme invisible , 1929-1933 (toile inachevée, collection Gala-Dalí), à représenter, à la manière d’Arcimboldo, des figures à double sens. C’est témoigner pour les ressources du langage figuratif un intérêt inattendu. Dalí serait-il peintre malgré lui? J. Cassou le pense quand il signale l’utilisation à des fins symboliques de la perspective aérienne dans des œuvres comme Les Accomodations du désir , 1929 (coll. part.) ou Les Plaisirs illuminés , 1929 (coll. Mr. et Mrs. Sidney Janis, New York). Le monde dalinien nous touche enfin par son humour dans la célébration de l’horrible, par sa mythologie «vécue» (où Gala côtoie Lénine et Guillaume Tell), par son bestiaire extravagant (qui transforme fourmis et sauterelles en monstres lubriques).

Après 1939, l’œuvre picturale de Dalí sombre dans l’académisme le plus rétrograde et s’empreint d’un mysticisme suspect (Le Christ de saint Jean de la Croix , 1951, Art Gallery, Glasgow); à partir de 1970, il applique parfois à ces sujets les procédés de l’holographie et de la stéréoscopie, auxquels l’a conduit son intérêt pour l’illusion du relief et que synthétise À la recherche de la quatrième dimension (1979, coll. part.).

La création d’un musée consacré à son œuvre dans l’ancien théâtre bombardé de sa ville natale, ouvert en septembre 1974, fut pour lui une occasion supplémentaire d’appliquer ses multiples théories et idées, tant artistiques que sociales ou publicitaires et de conforter son image de génie. Dans toutes les autres sphères d’activité qu’il aborde (publicité, conférence-spectacle, ameublement, décors de ballet, joaillerie, illustration, cristallerie, etc.), Dalí apporte la marque de son génie et se révèle l’un des principaux introducteurs du surréalisme dans la vie quotidienne.

L’exposition de 1979-1980 à Paris tenait compte de tous les aspects de l’art de Dalí.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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